Notre voix, notre temps, notre avenir

Le Congrès BIHAR se clôt par un manifeste multilingue sur le pont entre Irun et Hendaye

Après avoir réuni pendant quatre jours une quarantaine de communautés linguistiques minorisées du monde entier, le Congrès international BIHAR s’est achevé aujourd’hui. La clôture a eu lieu sur le Pont Saint-Jacques (Zubi Txikia), qui relie Irun et Hendaye au-dessus de la Bidassoa. Le manifeste élaboré collectivement par les communautés linguistiques en voie de revitalisation y a été lu en cinq langues, accompagné de txalaparta et de danse. Le congrès a été organisé conjointement par Garabide, le Cluster de sociolinguistique, Taupa Euskaltzaleen Mugimendua et le collectif Plazara.

La journée a débuté à FICOBA (Irun) par l’accueil de la maison du militant occitan Joan Petit. Un défilé musical s’est ensuite élancé, et le cortège des participants a parcouru les rues jusqu’au pont en portant ensemble la maison en bois. La lecture multilingue du manifeste s’y est déroulée. L’événement s’est terminé à midi à la fabrique Borderline de Hendaye autour d’un apéritif festif.

Nous ne sommes pas des traductions

Sous le titre “Notre voix, notre temps, notre avenir”, le manifeste affirme clairement que trop de langues dans le monde sont réduites au silence, non par une loi naturelle, mais sous l’effet des inégalités, de l’exclusion et de l’homogénéisation. Au-delà du récit de la perte, il appelle à revendiquer l’avenir et à le construire ensemble : « Les langues ne sont pas des souvenirs du passé. Elles sont le souffle de communautés vivantes. »

Dans ce texte, les communautés s’engagent à bâtir des réseaux plus solides, à apprendre les unes des autres, à rendre leurs langues plus visibles et à renforcer le pouvoir d’agir de leurs communautés. Le manifeste formule également trois demandes précises :

  • Aux institutions publiques : passer des paroles aux actes, développer des politiques linguistiques audacieuses, garantir des moyens stables et faire réellement respecter les droits linguistiques.
  • Au monde académique : penser et travailler avec les communautés, et les placer au cœur de son activité.
  • Aux organisations internationales : reconnaître et protéger la diversité linguistique comme patrimoine vivant de l’humanité, et garantir la reconnaissance des communautés linguistiques en voie de revitalisation.

Mais surtout, les communautés s’adressent à elles-mêmes : « Ne pas attendre. Ne pas renoncer. Ne pas se taire. Parce que chaque langue est un monde. » Le manifeste résume ainsi son message : « Nous avons beaucoup à apporter au monde. Nous ne sommes pas des traductions. Voici notre voix. Voici notre temps. Et voici notre avenir. »

Quatre jours, trois villes, 40 communautés

congrès s’est ouvert le 23 septembre au Palais Euskalduna de Bilbao, en présence de représentants des institutions qui composent son réseau de soutien. Lors de l’ouverture, la coordinatrice Gorane Ayesta Maidagan a souligné que chaque communauté vient d’une réalité différente, mais que toutes sont unies par la volonté de donner souffle et vie à leurs langues. Elle a également eu une pensée particulière pour Elias Caurey, membre de la communauté guarani, et Zubair Torwali, membre de la communauté torwali, qui n’ont pas pu venir faute d’avoir obtenu leur visa.

Les 24 et 25 septembre, FICOBA (Irun) a accueilli le cœur du congrès. Belen Uranga, du Cluster de sociolinguistique, a présenté les résultats du diagnostic international, qui classe les discours de revitalisation selon trois dimensions : symbolique-identitaire, politique-transformatrice et pragmatique. Sont ensuite intervenus, entre autres, Rahera Cowie, d’Aotearoa (maori) ; Paolina Vercoutere Quinche, d’Équateur (kichwa) ; Nabraj Lama, du Népal (tamang) ; Justina Olko, de l’Université de Varsovie ; et Toroga Breda, d’Afrique du Sud (khoikhoi). Ils ont abordé les liens entre langue, identité, justice sociale et santé.

Le 25 septembre, lors de la troisième journée, la résistance et le pouvoir d’agir ont été au centre des débats. Tahir Baykus, Lorna Wanosts’a Williams, Clayton Cruse, Barbara Filion et Ganesh Devy ont partagé des expériences du Kurdistan, du Canada, d’Australie et d’Inde. Ils ont évoqué la nécessité de reconnaître la langue comme un droit humain, la transmission orale et les lacunes des politiques linguistiques. Lors de la table ronde qui a suivi, Anna Belew, Mustapha el Adak et Michel DeGraff se sont demandé s’il est possible de construire un récit partagé entre communautés. Selon leurs conclusions, la lutte pour les droits humains et le désir d’être respectées sont des traits communs à toutes les communautés.

Outre les conférences, les spectacles d’artistes du Sud global et du Pays Basque ont complété le programme, ainsi que la programmation culturelle à Hendaye. Chaque journée du congrès a rassemblé plus de 200 personnes.

La fin d’un parcours de deux ans, le début d’un nouveau réseau

e congrès a constitué la dernière étape d’un processus structuré en trois phases. La première a été le diagnostic international mené en 2025, qui a analysé dans une perspective intersectionnelle les nouveaux discours des communautés du Sud global. La deuxième a été la socialisation menée au Pays Basque d’avril à juin 2026, avec 20 sessions dans 10 localités et plus de 150 participants. Au-delà du mouvement en faveur de l’euskara, elle a réuni des représentants d’autres mouvements sociaux ainsi que des personnes ne parlant pas basque.

En parallèle du manifeste, le congrès a mis en place une commission de travail chargée d’impulser la Fédération mondiale des communautés engagées dans des processus de revitalisation linguistique. Celle-ci se veut un espace en construction : un réseau fondé sur l’égalité, avec une structure horizontale et circulaire, faite d’interactions mutuelles. La fédération aura trois fonctions principales : renforcer la coopération concrète entre communautés linguistiques, se faire entendre face aux grandes langues et institutions mondiales, et consolider la capacité d’influence collective dans les instances internationales où se débattent les questions qui touchent à l’avenir de nos langues.

L’initiative BIHAR a bénéficié du soutien de : l’Agence basque de coopération et de solidarité du Gouvernement basque, le Département de la culture et de la politique linguistique du Gouvernement basque, Euskarabidea – Institut navarrais de la langue basque du Gouvernement de Navarre, la Députation forale de Biscaye, la Députation forale du Gipuzkoa, l’Institut culturel basque, la mairie de Bilbao, la mairie d’Irun et la mairie de Beasain.

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]